Et puis il n’y avait plus personne : The Muslim Vanishes du journaliste vétéran Saeed Naqvi imagine l’Inde sans sa population musulmane

Imaginez ce qui se passera si l’Inde se réveille un beau matin avec ses 200 millions de musulmans disparus. Pas seulement les musulmans, mais leurs sculptures, leur littérature, leur culture, leur langue – tout est parti – pouf, dans les airs !

La nouvelle comédie de Saeed Naqvi, The Le musulman disparaîtexplorer juste cela.

La fiction est la forme la plus belle et pourtant la plus cruelle de la réalité. Le récit dystopique est encore plus cruel. Je me souviens encore de ma première lecture du roman dystopique Fahrenheit 451 de Ray Bradbury en 1953. Imaginer un monde où tous les livres sont brûlés, c’était comme imaginer un ciel sans soleil ni lune. Guy Montag, le protagoniste du livre, m’a donné un étrange sentiment de vide mais d’espoir. C’est ce que nous font les bons romans dystopiques : ils s’apparentent à une intervention chirurgicale dans laquelle la violence contrôlée guérit une maladie.

Le drame, comme la dystopie, est une race rare mais c’est toujours une lecture intéressante. Un jour, un ami a demandé au dramaturge irlandais Samuel Beckett pourquoi il ne pouvait pas écrire quelque chose de joyeux. En réponse, Beckett a écrit Happy Days (1961), l’un des meilleurs drames dystopiques que vous puissiez lire. The Vanishing Muslim est la métaphore dystopique que nous ne voudrions jamais vivre. Mais le drame de Naqvi n’est pas un drame classique. Même s’il est écrit comme une pièce de théâtre, il lui manque l’essentialité technique d’une pièce. Mais cela ne le rend pas moins agréable. C’est un concept intéressant dans un pays qui lutte pour enlever son habit laïc et se faufiler dans un habit théologique, un pays où le récit de l’identité est gravé dans le sang des minorités.

Je suppose que vous pouvez retirer un journaliste du monde de l’information, mais vous ne pouvez pas retirer le monde de l’information d’un journaliste. Naqvi est un journaliste chevronné, il n’est donc pas étonnant que l’émission commence dans une salle de presse télévisée où des animateurs hyperventilés annoncent la disparition des 200 millions de musulmans du pays. Les deux protagonistes du livre – Brajesh et Anand – sont des personnages aux nuances de gris intéressantes. Leurs conversations sont rythmées par des fils de préjugés quotidiens de la société indienne.

Le musulman disparaît Le musulman disparaît de Saeed Naqvi ; Livres anciens; 256pages; Rs 499 (Source : Amazon.in)

En lisant la pièce, on conclut que Naqvi est un réductionniste. La disparition soudaine des musulmans d’Inde est une idée très compliquée en soi, mais Naqvi la simplifie. Il magnifie un tout petit aspect de l’Inde “post-musulmane” dans le livre. Son postulat est politique. Il postule l’émergence de nouvelles équations électorales suite à la disparition des musulmans dans le pays. Il conclut qu’un tel scénario encouragera ceux qui se trouvent au plus bas échelon du système des castes dans la société. Dans le livre, suite à la disparition des musulmans, les Dalits commencent à occuper leurs propriétés abandonnées. La commission électorale, la classe politique, les médias et les gens ordinaires s’inquiètent de cette “révolution” des Dalits. Fait intéressant, le mépris des musulmans représenté dans le livre ne peut être surmonté que par le mépris des dalits. En Inde, la compétition pour les identités répugnantes est vraiment très rude !

Le monde inventé de Naqvi est intéressant mais effrayant. C’est aussi simple que compliqué. Les circonvolutions du travail de Naqvi sont liées à de nombreuses interfaces sociales de la société indienne. Il piège très subtilement dans ses pages le patriarcat, le communautarisme individuel et collectif, la morale, la caste, la justice, la police et les préjugés sexistes. Les pages de Le musulman disparaît ils ont dispersé les restes du désormais ridiculisé Ganga-Jamuni tehzeeb, une tradition à laquelle Naqvi appartient. Comme des feuilles d’automne sèches, elles induisent une vague de nostalgie chez les lecteurs d’un temps qui n’existe plus.

Mais comme tous les bons romans dystopiques, Le musulman disparaît cela donne aussi de l’espoir. La partie la plus intéressante du livre est lorsqu’un jury spécial est mis en place par la Cour suprême pour enquêter sur la disparition soudaine de musulmans. Ce jury de 11 membres compte des partisans de la culture composite de l’Inde. C’est paradisiaque dans le vrai sens du terme. Son hôte est le poète ourdou Hasrat Mohani et comprend d’autres tels que Amir Khusrau Dehlavi, Mahatma Phule et autres. Les échanges judiciaires entre ces membres et le représentant de droite sont simples. Sans beaucoup d’éloquence littéraire, Naqvi tente d’attirer notre attention sur la culture syncrétique du pays aujourd’hui moribond. Ce sont les pages qui induisent l’espoir et la joie.

Le livre m’a ironiquement rappelé une blague qui a fait le tour juste avant le début de la deuxième guerre du Golfe en 2003. La blague disait que, comme il y avait de sévères critiques sur les plans du président américain de l’époque, George W. Bush, d’envahir l’Irak, une discussion à huis clos, une rencontre en tête-à-tête avec le Premier ministre britannique de l’époque, Tony Blair. La réunion a duré des heures jusqu’à ce que le greffier du président décide de parler et entre dans la salle de réunion. En le voyant, Bush a dit : « Nous avons terminé. Nous avons décidé de tuer un million de musulmans et un poisson rouge ». Le préposé confus a demandé: “Mais pourquoi le poisson rouge, monsieur?” Bush s’est tourné vers Blair et a dit : « Écoute, je t’ai dit, Tony, que personne ne posera de questions sur les musulmans.

Je ne sais pas si quelqu’un posera des questions sur les musulmans disparus si l’histoire de Naqvi se réalisera. Dans la Nouvelle Inde, le silence des non-dits vaut mieux que le chaos des paroles. Quant à la solution du problème posé par Naqvi, je n’ai rien de mieux à conclure que ces couplets de Mohani, le chef d’orchestre du très important jury céleste imaginaire de Naqvi :

Gandhi ki tarah baith ke kaatenge kyun charkh,
Lénine ki tarah denge duniya ko hila hum

(Pourquoi devrions-nous nous asseoir et faire tourner le fil comme Gandhi,
Plutôt, comme Lénine, nous allons secouer le monde)

(Le Dr Shah Alam Khan est professeur, Département d’orthopédie, All India Institute of Medical Sciences, New Delhi)

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